La puissance du recuit

Les métaux sont uniques, notamment grâce aux comportements qu’ils adoptent vis-à-vis des changements de températures. Si un métal est décrit par le matériau dont il est constitué (par exemple, le cuivre ou le fer), ses propriétés sont déterminées par la disposition de ses atomes, elle-même extrêmement variable.

Cet arrangement est semi-permanent, mais peut être manipulé par certaines techniques. Une d’entre elles est le recuit, où le métal est d’abord chauffé puis lentement refroidi au fil du temps. Grâce à ce processus, le métal devient moins dur et ductile. Le refroidissement fournit ensuite le temps et les niveaux d’énergie nécessaires à la formation de grains plus gros.

Les programmeurs informatiques ont pris note de ces propriétés uniques et les ont transposées dans leur domaine, ce qui a donné naissance à l’algorithme du « recuit simulé » (simulated annealing). Il est utilisé pour trouver un optimum global à un problème spécifique, et fonctionne, comme le recuit métallurgique, en réduisant progressivement la « température » (pour l’algorithme, la probabilité de se « diriger » vers une solution moins « bonne »). Le fonctionnement de l’algorithme est plus explicite en se représentant graphiquement l’espace de solution d’un problème (l’exemple ci-dessous traite d’un espace à une dimension, mais nous pouvons évidemment étendre le mode opératoire à des espaces à n dimensions).

L’algorithme part d’une valeur d’entrée aléatoire (un endroit aléatoire sur la ligne ci-dessus), puis, à chaque itération, sélectionne un point proche aléatoire (la définition de « proche » change avec la température; à des températures plus élevées, des points « plus loin » peuvent être choisis).

Si le point choisi au hasard est plus élevé que le point actuel, l’algorithme « se déplace » vers ce point ; s’il est plus bas, l’algorithme peut ou non « se déplacer », en fonction de la température (l’algorithme est plus susceptible de « se déplacer » à des températures plus élevées). Cette stratégie converge vers l’optimum global. L’image ci-dessous (tirée de Wikipedia) illustre le fonctionnement de l’algorithme pour un problème à une dimension:

Il faut bien noter que si on connaissait d’avance l’espace de solution, on pourrait simplement sélectionner la solution optimale à vue d’œil. C’est le cas pour les cas simples (par exemple y = 1 – |x|), mais pour des problèmes plus complexes (par exemple le problème du voyageur de commerce, illustré ci-dessous), on a alors besoin d’un algorithme d’approximation comme le recuit simulé.

Comme nous l’avons vu pour les métaux et la programmation, le processus de recuit – qui consiste à réduire lentement l’état énergétique d’un système – présente des propriétés intéressantes. Il permet d’atteindre un certain type d’organisation. Le recuit prend le meilleur de chaque plage du spectre de température. Il tire parti des températures élevées pour approcher le problème (de manière plus grossière), et des basses températures pour déterminer une solution plus précise (en se concentrant sur la zone particulière identifiée précédemment). Vu sous cet angle, le concept de recuit s’applique bien au-delà des domaines de la métallurgie et des mathématiques, avec les deux exemples puissants que sont la formation (au niveau individuel) et l’évolution (au niveau social) du cerveau.

La plasticité du cerveau varie grandement au cours de l’existence. Les nouveau-nés appréhendent rapidement le monde qui les entoure, et les tout-petits ont plus de facilités pour le langage. Pendant ces périodes de notre vie, le cerveau peut être considéré comme fonctionnant à haute température; chaque expérience joue un rôle important dans la façon dont le cerveau se construit; le cerveau est ductile. En vieillissant, notre cerveau refroidit; les concepts que nous avons acquis dans notre enfance se solidifient et, bien que nous puissions toujours les modifier, ces changements se produisent beaucoup plus lentement qu’avant. Ce schéma de formation, analogue au recuit métallurgique, permet au cerveau d’atteindre des états de basse énergie, où ici, basse énergie peut être compris comme ayant une faible erreur standard. En formant d’abord des concepts généraux et des catégories dès l’enfance (par exemple « êtres vivants », « choses inanimées », « nourriture », etc. – bien qu’au plus jeune âge nous n’ayons pas encore les mots attachés aux concepts eux-mêmes), notre cerveau cimente un modèle de base sur lequel on peut ensuite bâtir une compréhension plus subtile et affinée du monde.

En regardant le cerveau à travers cet angle, il est intéressant de considérer les effets des drogues psychoactives, en particulier celles comme le LSD. Beaucoup de gens décrivent cette expérience comme « leur permettant de se sentir à nouveau comme des enfants », le monde leur paraissant tout nouveau. Lorsque nous atteignons l’âge adulte, notre cerveau a acquis d’importantes connaissances préalables sur notre environnement. Ces drogues permettraient de réduire la force de ces antécédents, empêchant alors le cerveau d’imposer une partie de ces acquis sur l’expérience actuelle. En utilisant la métaphore du recuit, elles font monter la température.

L’observation à l’échelle neuronale est en adéquation avec l’analogie plus méta du recuit. À la naissance, nous disposons déjà de tous nos neurones, mais seul un nombre limité de synapses se sont formées – de l’ordre de ~1/6 du nombre total de synapses dans un cerveau adulte. Au cours des années suivantes, les synapses s’établissent rapidement; à l’âge de deux ans, un enfant en a même beaucoup plus qu’un adulte! À partir de là, la formation des synapses est ralentie, la tendance principale étant plutôt à l’élagage. Nous pouvons encore une fois voir le rôle que joue la « haute température » dans la formation spontanée des synapses, et celui des « basses températures » dans la solidification de ces fondations et la mise en place de représentations plus précises du monde qui nous entoure.

Si l’on passe à l’échelle évolutionnelle, l’analogie est plus vague, mais toujours utile. L’évolution des systèmes nerveux a été ponctuée de sauts importants. Des protoneurones se sont regroupés en grappes, pour finalement se concentrer au sein d’organes dédiés. Nous pouvons considérer que ces premiers sauts se sont produits à une « température élevée », se figeant au fil du temps en une structure générale, le cerveau (partagée par un grand nombre d’espèces) lors du « refroidissement ». Tout comme les premières phases du recuit simulé ont servi à identifier la meilleure colline pour ensuite la grimper, les premières phases de l’évolution du cerveau ont permis d’identifier la meilleure structure fondamentale, selon certains critères.1L’analogie trouve ici ses limites, car l’évolution n’a pas de but – mais c’est l’idée générale qui importe.Avec cette structure comme base, des mutations à petite échelle ont commencé à jouer un rôle de plus en plus important. Notre cerveau a beaucoup en commun avec ceux d’autres mammifères, et seuls de petits ajustements permettent de passer du leur au nôtre – ou du moins, des changements bien plus insignifiants que ceux qui ont été nécessaires pour passer des premiers réseaux de neurones au cerveau.

le phénomène de recuit semble avoir quelque chose de spécial. Il permet de tirer le meilleur des deux mondes: quand les températures sont élevées, que la plasticité est importante, on peut faire de grands bonds dans l’espace de solution, en cherchant où s’installer; et lorsqu’elles sont basses, nous pouvons explorer pleinement cette zone prometteuse. Pour l’instant, nous n’imprégnons nos systèmes d’IA que d’un faible niveau de recuit – les paramètres sont certes mis à jour lentement au fil du temps, mais les systèmes eux-mêmes disposent d’une structure fixe et d’un nombre constant de paramètres à mettre à jour. Nous pourrions nous inspirer de notre cerveau et essayer d’imiter la croissance synaptique explosive qui se produit chez les nourrissons; ou, plus ambitieux encore, tirer des enseignements du raffinement du système nerveux sur des centaines de millions d’années d’évolution.

Traduit de My Brain’s Thoughts

Des chances de victoire

 Reproduction par L. Prang & Co. de « Hancock at Gettysburg » du peintre Thure de Thulstrup. Restauration d’Adam Cuerden.

Je suis tombé sur une étude un peu surprenante, intitulée « Victoire ou répudiation? La probabilité que les confédérés gagnent la guerre de Sécession« . Les auteurs ont créé une méthodologie pour estimer la probabilité de victoire des états du Sud durant la guerre à partir des données d’actifs financiers.

Avec les deux guerres mondiales, la guerre civile américaine fait sûrement partie des conflits les plus discutés des 150 dernières années. Pour ces conflits-là, comme pour tous d’ailleurs, la question de savoir si les perdants auraient pu gagner est aussi passionnante que périlleuse. Ce genre d’interrogations requièrent souvent beaucoup d’hypothèse et de spéculations, car il faut se demander ce que chaque partie aurait pu faire pour changer la donne – ou ne pas faire. Les universitaires ne préfèrent pas s’essayer à cet exercice, question de crédibilité: ça laisse le champ libre à des artistes qui s’en donnent à cœur joie, comme dans les univers uchroniques du Maître du Haut Château ou celui collaboratif de Kaiserreich.

Ici, le but des auteurs, l’un professeur de finance à l’Université de Bruxelles et l’autre historien économique à l’Université Chapman, est de répondre à la question suivante: quelle était la probabilité pour les confédérés, à un instant t, de gagner la guerre?

Pour cela, il nous faut un indice fiable. Un indicateur qui témoigne de la santé financière d’un état; la dette. Plus précisément les bons du Trésor, à manipuler avec trois hypothèses qui vont permettre d’extraire des probabilités du prix de ces instruments:

  • La probabilité pour le Sud de rembourser sa dette est égale à la probabilité de victoire.1cf. la différente notion de victoire pour le Nord et le Sud, que l’on aborde un peu plus loin
  • Les investisseurs ne reçoivent rien en cas de défaite. 2De l’étude: « The identifying restriction is motivated by three factors: (1) the Confederate government would cease to exist in the event of a defeat, (2) the war bonds traded for less than one gold dollar at the end of the war (May 1865), and (3) we were unable to find any reports in the Dutch financial press during the war indicating that investors believed that the United States government might honor the Southern bonds in the event of a Confederate defeat. »
  • Le prix des bons est calculé avec une formule3En factorisant la formule exposée dans Merrick, John .Jr. (2001), “Crisis Dynamics of Implied Default Recovery Ratios: Evidence from Russia and Argentina”, Journal of Banking and Finance, 25, 1921-1939. utilisée encore aujourd’hui et expliquée en note:4Dans cette formuleV0 est la valeur du bon, C est la somme des flux de coupon (les intérêts que reçoit le propriétaire du bon), i le nombre de périodes, F le prix du bon, YTMbri les taux d’actualisation (c’est-à-dire le pourcentage de retours si le propriétaire garde le bon jusqu’à expiration, calqué sur la console britannique), N le temps à maturité (pris arbitrairement à 10 ans) et enfin p la probabilité de remboursement de la dette, soit, par hypothèse, la probabilité de victoire confédérée.

Avec ces hypothèses en place, il suffit maintenant d’obtenir un dataset solide qui contiendrait le cours du prix des bons. Ici, une option clé en main se présente à nous: les bons en or à la bourse d’Amsterdam. Ces junks bonds, ni plus ni moins,5L’expression « junk bonds » pour parler des bons de dette côtés à Amsterdam ne vient pas de moi; elle est utilisée dans cet article ont été cotés en août 1863, 2 ans après le début de la guerre et juste après le tournant de la bataille de Gettysburg. L’argent dégagé par ces bons a permis aux Confédérés de construire des bateaux, d’acheter du ravitaillement et de mener des opérations à l’extérieur. Malheureusement, ça a plutôt mal fini pour les investisseurs (comme pour les confédérés d’ailleurs); à vrai dire c’était un placement assez risqué.6En effet, toujours selon cet article, « The Dutch bonds contained a default clause that allowed the Confederacy to postpone interest payments on the debt issue until after the war. Indeed, the South never serviced the junk bonds and pursued a debt management policy of selective default.

The Dutch firm underwriting the issue offered investors a small credit for exchanging their defaulted Confederate debt for « good bonds »[…]. The investment house’s reputation was apparently tarnished by their dealings in Southern war debt. »

L’auteur utilise pour source l’article de Weidenmier, Marc D., “Understanding the Costs of Sovereign Default: The Foreign Debts of the Southern Confederacy. » paru dans les Claremont McKenna College Working Paper en 2002.

L’intérêt d’étudier un marché international et non le marché intérieur confédéré (pour lequel il existe beaucoup plus de données) est de réduire le biais lié au patriotisme. Il est courant que pendant des conflits, pour financer l’effort de guerre, les états demandent à leurs citoyens d’acheter des bons. Cela a notamment été fait en France, par exemple en 14-18. De ce fait, il est alors plus compliqué de déduire une probabilité de victoire à partir de la valeur des bons, car elles ne reflètent pas la réalité. C’est comme si, pour évaluer si une équipe de foot va gagner son prochain match, on regardait combien les joueurs sont prêts à parier pour leur propre équipe; cela biaiserait complètement le résultat. Au contraire, en se basant sur le cours des bons sur un marché à l’étranger, où les investisseurs n’ont que peu à faire du résultat final du conflit tant que leurs finances restent dans le vert, on estime que le biais est plus restreint – même si comme on le verra plus tard il reste important.

Il n’existe pas de métriques sur le volume d’échange des junk bonds confédérés à la bourse d’Amsterdam, mais, pour un instrument financier des années 1860, la liquidité était apparemment assez importante. Selon un observateur contemporain, les bons s’échangeaient quasiment chaque jour, ce qui est rare pour cette époque.7 De Dinger, 1868, p. 374; 1873, p.600; source incluse dans l’étudeMalgré la bonne liquidité, les aléas de la vie économique compliquent l’étude du prix des bons; apparemment, pour le mois janvier 1864, les états confédérés ont tout simplement oubliés de payer les intérêts! Cet évènement a sûrement dû affecter le prix du bon d’une façon décorrélée de la probabilité de victoire du CSA.

La condition initiale, la première probabilité, celle qui correspond à la probabilité de victoire des confédérés à l’émission des bons est calculée en utilisant le prix fixé par des citoyens britanniques qui se procuraient des bons à leur compte directement auprès du gouvernement confédéré et les revendaient « au black » dès décembre 1862.8Cette probabilité est sûrement surestimée; comme les bons circulaient de main en main et non au sein d’un marché centralisé comme ensuite à Amsterdam, le prix de 60% « par valeur » était gonflé artificiellement par le manque de liquidité. Cette première probabilité donne 34% de chances de victoire aux Confédérés au 4 août 1864. Étrangement, 34%, c’est aussi la proportion d’électeurs américains qui pensent qu’une guerre civile éclatera aux États-Unis dans les 5 prochaines années.

Voyons ce que ça donne d’août 1863 à la fin de la guerre:

Les 3 scénarios concernent la façon dont les confédérés gèrent les intérêts non payés début 1864; ils donnent des résultats assez similaires.

D’après cette approche, les Confédérés ont encore une probabilité décente de gagner le conflit à la août 1863, quand la nouvelle de la défaite de Gettysburg arrive en Europe.

Les objectifs des deux camps diffèrent grandement: pour le Nord, la victoire repose dans l’anéantissement des états rebelles du sud. Pour le CSA, le but de la guerre est de pouvoir rester indépendant – comme ça l’était pour les états fondateurs pendant la révolution américaine, moins de 100 ans auparavant. Même sans invoquer l’hypothèse des marchés efficients, cette différence de perspective devait être priced-in, c’est à dire factorée dans le prix des bons, dans la mesure où si des investisseurs achetaient de bons confédérés, c’est qu’ils estimaient que les confédérés pouvaient réaliser cet objectif.

Néanmoins, même si les investisseurs savaient que les objectifs du CSA étaient plus humbles, on peut être surpris de la probabilité élevée qu’ils assignent à une victoire confédérée. On peut donc s’intéresser, au-delà des simples données financières, à la perception qu’avaient les Européens du conflit.

Tout d’abord, l’opinion des investisseurs européens repose sur des informations qu’ils obtiennent avec du retard (plus d’un mois pour la bataille Gettysburg) et qui ne reflètent pas forcément la réalité du terrain. En jargon boursier, on pourrait dire que la courbe du graph précédent est un indicateur retardé.9Selon cette définition, indicateur retardé est un indicateur statistique économique qui évolue avec un certain décalage temporel par rapport à l’évolution des conditions macroéconomiques. Les chiffres relatifs à l’emploi, aux bénéfices ou aux taux d’intérêt en sont des exemples typiques.

En France comme au Royaume-Uni, le pouvoir et les élites penchent du côté confédéré. Les relations entre l’Union et les deux puissances européennes étaient franchement tendues; pour nous à cause de l’expédition au Mexique qui prenait lieu en même temps que la guerre, et pour les Anglais à cause de l’aide qu’ils donnaient plus ou moins discrètement au CSA. Napoléon III était même partant pour s’engager aux côtés des Sudistes à condition que les Anglais aussi; l’issue du conflit aurait alors sûrement été bien différente.

Bien au-delà des considérations géopolitiques et économiques (relatives notamment au commerce du coton), il existe au sein des élites européennes une vraie sympathie pour les Sudistes. Comme /u/ChevalMalFet le souligne dans un post sur /r/SlateStarCodex:10Sa thèse est complétée par l’article par British Sympathies in the American Civil War: A Reconsideration, de Joseph M. Hernon, Jr., publié dans The Journal of Southern History

La plupart des élites européennes étaient extrêmement biaisées en faveur du Sud. C’est en partie une affinité culturelle – les « gentlemen » du Sud ressemblaient beaucoup plus aux aristocrates anglais que les marchands yankees (cf. le livre Albion Seed), et en partie une realpolitik – tout ce qui affaiblit les États-Unis doit nécessairement être bon pour les empires britannique et français. Bien sûr, beaucoup de riches Anglais croyaient (à tort) qu’ils étaient dépendants du coton bon marché du Sud pour alimenter leurs usines de textiles. Beaucoup de ces investisseurs avaient donc une opinion déjà très biaisée. Les classes moyennes et inférieures avaient en revanche tendance à être favorables à l’Union.

Deuxièmement, la plupart des citoyens comprenaient mal la guerre. Les seuls souvenirs de guerre dont la plupart des gens se souviennent sont soit le fiasco de la Crimée, soit les anciennes guerres napoléoniennes. 50 ans s’étaient écoulés depuis Waterloo, et la plupart des anciens combattants étaient morts ou mourants. On se souvenait donc de la guerre avec des canons luisants, les uniformes brillants, des belles charges de cavalerie, de l’héroïsme et de la bravoure. Des abstractions comme la main-d’œuvre, les kilomètres de chemins de fer, la production de munitions, les navires disponibles, etc. n’entraient pas vraiment en considération [et dans ces domaines, l’Union avait un avantage certain].

Le Sud gagnait aussi à la bataille du romantisme : leurs chefs étaient plus colorés, c’étaient tous des outsiders courageux qui semblaient avoir plus de « peps » et de « courage » que les Yankees. Ils remportaient les spectaculaires batailles qui avaient lieu sur la côte Est. À l’Ouest, les victoires de l’Union étaient moins éclatantes; elles reposaient sur de la logistique, de grandes manœuvres et la capture de centaines de kilomètres carrés d’endroits dont personne n’avait jamais entendu parler. Il n’y avait pas autant d’action à l’Ouest – après Shiloh, il n’y a pas eu de grande bataille à l’Ouest jusqu’à Chickamauga. […]

Donc, non, les investisseurs européens n’ont pas bien compris à quel point la guerre se déroulait mal pour la Confédération.


« En 1863, la seule chance réelle pour le Sud de gagner la guerre était de briser la volonté du Nord et de les amener à élire un démocrate qui ferait la paix.« 

/u/ChevalMalFet, discussion complète en commentaire sur ce post

L’étude permet aussi d’éclairer sous un nouveau jour la campagne présidentielle de 1864, qui aboutit à l’élection du républicain et président sortant Abraham Lincoln face au général McClellan.

En 1864, le parti démocrate, contrairement aux Républicains farouchement pro-guerre, est divisé en deux factions, les « peace democrats » et les « war democrats ». La faction pacifiste est elle-même divisée entre des modérés partisans de négociations avec le sud, et les « copperheads » (du nom d’une espèce de vipère), une frange plus radicale qui demande une paix immédiate peu importe son prix. Dans une optique de compromis, le pro-guerre McClellan est choisie comme candidat démocrate et part en campagne avec un vice-président pro-paix, George Pendleton.

L’analyse du cours des bons confédérés permet de déterminer dans quelle mesure les investisseurs européens voyaient comme crédible le projet de McClennan. Si c’était une éventualité sérieuse ils auraient eu tout intérêt à investir dans ces bons, car comme nous l’avons vu, un accord de paix est une victoire pour les confédérés.11Il n’est pas donné qu’une victoire de McClennan ait débouché sur un accord de paix. Cet article bien sourcé étudie la question. On observerait une hausse du prix du bon, et une hausse de la probabilité de victoire; il n’en est rien.

L’investiture de McClellan, fin août 1864, ne modifie pas l’évolution d’une probabilité de victoire des confédérés. De plus, la prise d’Atlanta achevée début septembre enfonce un clou dans le cercueil que se sont creusé les confédérés. Richard McMurry détaille dans Atlanta 1864: Last Chance for the Confederacy que la chute d’Atlanta « assure la réelection de Lincoln, et au même moment l’échec de la course à l’indépendance du Sud. […] Atlanta était la dernière chance pour les confédérés« ; cette image est bien retranscrite en termes probabilistes dans le graph.


Marc D. Weidenmier et Kim Oosterlinck proposent donc une méthodologie complète qui, pourvu qu’on ait les bonnes données, semble assez simple à répliquer. À cause de la deuxième hypothèse présentée plus haut, ce protocole s’applique mieux à des conflits civils ou de types révolution/contre-révolution. Dans le cas de conflits « conventionnels », ce qu’il advient de la dette d’un pays peut varier grandement en fonction de son issue. Durant la guerre de Sécession comme dans, par exemple, la guerre civile espagnole, une entité étatique comme les CSA ou la République est vouée à disparaitre si elle « perd » le conflit. Il y a donc plus de chances que, pourvu qu’elle en ait émis, elle ne rembourse pas sa dette; l’hypothèse 2 peut alors s’appliquer. S’il y a « continuité » de l’état émetteur à l’issue du conflit,12comme il y a peut-être eu après la première guerre mondiale avec la République de Weimar, il faudrait se renseigner sur le sujet appliquer la deuxième hypothèse est plus compliqué, car la répudiation des dettes est loin d’être systématique. À tenter?

Sur l’hyperstimulation

C’est la grande tentation de n’importe quelle espèce technologique: modeler sa réalité subjective pour se fournir l’illusion de la survie et de la reproduction sans la substance. Les aliens les plus intelligents s’éteindront sûrement progressivement en allouant plus de temps et de ressources à leurs plaisirs qu’à leurs enfants.

Miller, 2006
Vénus de Willendorf, -24 000

Les Vénus préhistoriques sont des statues de femmes, en général sans visages ni pieds, mais aux formes exacerbées. Bien qu’elles fassent partie des plus vieilles œuvres d’art connues1Les plus vieilles datent de -35 000, les plus récentes de -11 000, on en a trouvé partout de l’Europe à la Sibérie. Héritage d’une culture commune? Manifestation d’un culte de la fertilité? Pour l’instant, on n’en sait pas plus.


Stimuli et hyperstimuli

Dans les environnements préindustriels que nous avons connus pendant les 99% de notre existence en tant qu’espèce, le sucre est une ressource nutritionnelle très importante. Les légumes et la viande représentent une partie importante de l’alimentation d’Homo Sapiens dans la nature, mais ont une concentration calorique et nutritionnelle bien moindre que les fruits, quant à eux plus rares. Pour maximiser notre habilité à survivre, nous avons développé un attrait pour le sucre – ou plutôt pour le goût du sucre. L’évolution a fait correspondre un élément de notre environnement « intéressant »2en termes relatifs de fitness pour nous avec un retour sensoriel plaisante, de la même façon que nous avons évolué une sensibilité aux goûts amers pour ne pas s’empoisonner à la première plante venue.

Fast-forward des milliers d’années plus tard: n’importe quelle barre chocolatée qu’on peut trouver en supermarché contient plus de sucre que ce qu’un Homo Sapiens pouvait ingérer en plusieurs jours dans un environnement naturel ou préindustriel. Imaginons l’évolution de nos papilles comme un algorithme d’apprentissage supervisé qui s’efforce à faire corréler qualité nutritive et feedback sensoriel; comme le dit Eliezer Yudkowski, « le goût […] a été reverse-engineered [par l’industrie agroalimentaire]. La corrélation correcte qui existait entre valeurs nutritives et sensations a volé en éclat à cause de points dans l’espace du goût qui n’étaient pas dans les données d’entrainement, des données aberrantes dans un graphe ancestral. »; le Prix Nobel Niko Tinbergen appelle ces phénomènes hyperstimulis, des copies exagérées et déformées de stimulis pour lesquels il existe une réponse préexistante, qui peut causer des comportements contre-productifs en termes de survie3L’article scientifique sobrement intitulé « La confusion des sensations : expliquer le hardcore » explique que « la pornographie doit son succès à ce qu’elle « appuie sur les bons boutons » (comme on le dit des démagogues doués) : elle a sélectionné les stimuli visuels qui activent les modules liés au comportement sexuel, et elle les présente sous une forme épurée et exagérée. Dans le vocabulaire des éthologues, c’est un « hyperstimulus » : un signal plus vrai que nature, qui imite à la perfection ce qui, dans un environnement normal, déclencherait l’activité du module. ». Les Vénus paléolithiques sont sûrement les premiers hyperstimulis de l’histoire.

On apprécie les cheesecakes à la framboise, mais pas parce qu’on a développé un goût pour eux. On a évolué des mécanismes qui nous procurent du plaisir à partir du goût sucré des fruits, de la sensation crémeuse du gras, de l’huile des noix, de la fraîcheur de l’eau. Le cheesecake est un choc sensuel différent de tout ce qui existe dans le monde naturel; c’est une mégadose de stimulis agréables que nous avons concoctée pour le seul but de pousser à fond la manette du plaisir.

Steven Pinker

Une fois qu’on met un nom sur cette notion simple, on se rend alors compte que notre vie quotidienne est envahie d’hyperstimulis en tout genre. Les drogues actuelles sont plus puissantes et concentrées que celles qu’ont connues nos ancêtres; la musique est plus intense, les jeux vidéos plus immersifs, l’actualité plus sensationnelle. Instagram permet à n’importe qui de voir en 10 minutes plus de bouts de peau que ne le verra un chasseur-cueilleur en une vie entière. Le blog Joyousandswift offre les exemples suivants:

Compare la qualité et la variété de la télévision d’aujourd’hui avec ceux de la génération précédente

Compare la variété et l’intensité de nos bières avec celle de la génération précédente

Compare la qualité et l’intensité de nos jeux vidéos avec ceux de la génération précédente

Compare la quantité, la disponibilité et l’intensité de la pornographie (tu peux trouver tes propres liens) avec la génération précédente

Les hyperstimulis sont aussi présents autour de nous de façons plus subtiles, ciblées et pernicieuses; dans le même article, Yudkowski parle des réseaux sociaux et des affiches publicitaires qui nous bombardent de représentations de personnes parfaites, surréelles. Si cela n’affecte pas la majorité des gens4juste cette hypothèse est déjà discutable; cela peut affecter la confiance en soi, etc., ce phénomène pousse des mannequins à mettre en danger leur santé pour ressembler à des personnes qui n’existent même pas.

Nous sommes loin d’être les seules espèces susceptibles aux hyper stimulis. Si on leur présente des œufs artificiels plus gros, certaines espèces d’oiseaux vont préférer les faux œufs à leurs propres progénitures!

Individuellement, ces hyperstimulis reposent sur des mécaniques différentes – mais tous ont pour point commun d’être des détournements de traits évolutionnels, comme les aliments sucrés et gras qui sont des détournements du sens du goût5Le principe des drogues est l’altération des états de conscience qui permettent de modifier ses émotions; qui sont elles-mêmes des dispositions évolutionellement sélectionnées.; bien sûr, l’avènement des écrans a un peu tout empiré.

Les réseaux sociaux et internet utilisent notre besoin social et d’appartenance combinés à notre soif d’information. Ce mode de fonctionnement est hérité d’une époque où toute information supplémentaire sur notre environnement pouvait accroître nos chances de survie. Les différentes complications liées aux réseaux sociaux sont passionnantes et abordées en partie dans le documentaire Netflix Derrière Nos Écrans de Fumée.

Les jeux vidéos sont quant à eux encore plus vicieux en ce qu’ils concentrent beaucoup d’astuces et de mécanismes utilisés par les autres formes d’hyperstimulis; il y a eu de très nombreux travaux sur ses phénomènes, et il serait intéressant d’en faire un article entier,6Un sujet à creuser est l’interopérabilité de certains mécanismes entre les différentes hyperstimulations. Certains modes de fonctionnement qu’on pouvait retrouver dans par exemple les jeux vidéos sont transposés aux réseaux sociaux et vice-versamais on peut citer:

  • Des feedbacks bien rodés: dans le monde physique, que l’on cuisine, jardine ou écrive, on reçoit des feedbacks de façon différés. Dans un jeu (ou au casino, ou quand on poste une photo sur un réseau, etc.), on sait tout de suite où on en est. Les feedbacks nous font visualiser notre progression qui est souvent artificiellement rendue linéaire; en découle un sentiment d’immédiateté inégalable dans la réalité.
  • La multiplication et l’intensification des stimulations, avec un bombardement constant d’information et de contenu (ce deuxième point est partagé avec tous les contenus multimédias comme les films et les vidéos).
  • Une dimension aléatoire très maitrisée…

Les hyperstimulis contribuent à créer une réalité où nous sommes détournés des stimulis naturels à partir desquels ils se sont construits. Car quand tous les hyperstimulis artificiels sont plus intenses et plus faciles d’accès que les stimulis dont ils s’inspirent, pourquoi se contenter de ces derniers? La question qui se pose alors est..


Mais comment en est-on arrivé ?

Si un biscuit a meilleur goût, car il a 5% de sucre en plus, alors commercialiser ce biscuit rapportera plus d’argent. Le marché s’adaptera à ce nouvel équilibre et les biscuits auront de plus en plus de sucre jusqu’au moment où rajouter du sucre arrêtera d’améliorer le goût.7peut-être qu’il existe un seuil pour lequel nos papilles sont submergées de sucres et saturent, les rendant insensibles aux concentrations de sucre plus élevées Pareil pour les réseaux sociaux, internet, la pornographie8l’exemple de la pornographie est intéressant: elle devient de plus en plus violente, intense pour accenteur la stimulation, ce qui à force désensibilise les spectateurs., la télévision, l’actualité, tous les hyperstimulis autour de nous…9On entend souvent dire que les enfants deviennent désensibilisés à la violence tellement ils en voient dans tous les médias. Du moment qu’il y a un effet réel sur le consommateur, il y a une course à la stimulation.

La quantité de sucre augmente dans tout ce qu’on mange, de Facebook à Tiktok les réseaux sociaux deviennent plus addictifs, les vidéos YouTube deviennent plus spectaculaires et les jeux vidéos deviennent plus stimulants à en mourir: c’est la logique du « toujours plus ».

De lui-même, le marché libre pousse donc à l’intensification de nos stimulis. Tristan Harris, ex-ingénieur à Google, explique que « nous pointons les ordinateurs les plus puissants du monde vers vos cerveaux pour en sucer le plus d’attention possible. Et si le cours de l’action monte, on redirige cet ordinateur vers vos enfants ».

En allant plus loin, le marché libre crée comme une sorte de sélection naturelle sur le simple critère de la stimulation. Ce qui stimule le plus notre cerveau marche commercialement mieux, et ce qui échoue à cette tâche est retiré du marché. À terme, la compétition pour notre attention donne lieu à un processus d’optimisation des hyperstimulis. Daniel B. Markam commentait en 2010 sur Hackernews:

[le problème] ce n’est pas juste que ces produits nous stimulent comme des drogues. La partie importante est qu’un processus de survie du plus fort se met en place où ces drogues s’adaptent pour optimiser leur emprise sur notre cerveau

De façon intéressante on peut aussi remarquer qu’il y a une pression sélective contre les hyperstimulis trop puissants, comme l’héroïne10comme pour les hyperstimulis, dans les exemples de cet article aussi c’est toujours plus. Au final, c’est la société qui décide de ce qui est une addiction, qui décide de comment elle est perçue. La société n’aime pas ce qui est trop dangereux. À l’échelle de la société justement, autour de cette course à la stimulation se constitue une culture de la stimulation. L’hyperstimulation déborde du marché économique dans le monde physique. C’est les panneaux publicitaires pour un parfum ou les vitrines d’un glacier qui appellent discrètement à la poursuite de stimulis toujours plus intenses.

L’hyperstimulation ne serait pas un problème si la course à la stimulation n’avait pas d’externalités11« En économie, on parle d’externalité ou d’effet externe lorsque la production ou la consommation d’un agent économique – une entreprise ou un individu – génère un impact positif ou négatif sur le bien-être d’autres agents économiques sans qu’il y ait une transaction ou une contrepartie financière. », source greenwashingeconomy.com/ négatives sur notre société. Pour les produits sucrés et gras, c’est par exemple le surpoids et l’obésité, qui touchent 2 milliards d’adultes. C’est aussi toutes les addictions qui découlent de l’hyperstimulation.

Il existe une théorie comme quoi la société répondrait à l’arrivée d’hyperstimuli comme le système immunitaire répond à l’arrivée d’agents pathogènes. Le crack est arrivé aux États-Unis au début des années 80. Très vite, le crack se répand comme une vague infectieuse dans tout le pays entrainant parallèlement une « panique morale » qui secoue les médias. La combinaison de la prévention, la réponse judiciaire12la réponse judiciaire des USA à l’épidémie est très discutable et discutée, mais là n’est pas le propos du texte et la mauvaise réputation du crack dans la société américaine ont finalement réussi à enrayer l’épidémie. Tout cela a pris 10-15 ans13On ne compare pas les autres hyperstimuli avec le crack, mais juste leur fonctionnement. Il s’est passé le même processus avec la cigarette, l’alcool… Tous les hyperstimulants de l’ancien monde. Mais maintenant, l’accélération de l’hyperstimulation est si rapide que la société n’a pas le temps d’intérioriser, de prendre du recul et encore moins de réagir à ses progrès.

Pour les auteurs de l’article « Amusing ourselves to death » la société occidentale produit des individus qui préfèreraient maximiser leur plaisir plutôt que leur fitness. Eliezer Yudkowski a une conclusion encore plus dramatique; selon lui, la chute du taux de natalité dans le monde occidental est due à l’hyperstimulation. Il compare ce phénomène à la nouvelle After Life de Simon Funk, où l’humanité s’est éteinte après qu’elle s’est mise à créer des créatures artificielles plus mignonnes et amusantes à faire grandir que des bébés en chair et en os.

C’est à cause de ce genre de déclaration (où on explique avec une seule cause qu’on a sous la main des phénomènes extrêmement complexes) que la psychologie évolutionnelle est décriée. Je ne me mouille pas trop en disant qu’il y a des facteurs beaucoup plus structurels dont on sait qu’ils contribuent en partie à la chute des naissances à travers le monde, comme l’éducation des femmes, la chute mortalité infantile; c’est même un domaine d’étude à part entière.

En faisant ce genre de conclusions, ces gens portent un jugement moral sur l’hyperstimulation, un jugement du genre « l’homme meilleur doit faire fi de tout ce qui l’hyperstimule, car l’hyperstimulation est intrinsèquement mauvaise ». Outre l’énorme biais de l’appel à la nature présent dans leur argument, il faut ajouter que, comme sur l’évolution, on ne peut porter un jugement moral sur un phénomène biologique.

Dire « l’hyperstimulation c’est mal », c’est comme dire « la chair de poule c’est mal »; non, ce ne sont que des phénomènes naturels, qui n’ont aucune moralité intrinsèque. En revanche, on peut et on doit porter un jugement critique individuel et sociétal sur les causes et les conséquences de l’hyperstimulation. C’est une question très personnelle: nous ne vivons pas l’hyperstimulation de la même manière, ne serait-ce que par les inégalités entre individus vis-à-vis des comportements addictifs. Plus que de s’inquiéter et de se culpabiliser, le dessinateur Stuart McMillen nous dit:

Dans les deux cas, la principale chose à faire est la prise de conscience. La prise de conscience que si nous sommes attirés par les desserts, c’est parce qu’ils sont plus sucrés que n’importe quel fruit dans la nature.

La prise de conscience que regarder la télévision active une réaction primitive, en gardant nos yeux attirés par les images animées comme s’il s’agissait d’un prédateur ou d’une proie.

La conscience que le fait d’aimer les personnages « mignons » provient d’un besoin biologique de protéger et de nourrir nos jeunes.

Je n’ai pas supprimé les hyperstimuli de ma vie, et je n’ai pas l’intention de le faire complètement. La clé est de repérer les stimuli dès qu’ils apparaissent et d’inciter l’esprit à réguler ou à surmonter la tentation qu’ils provoquent.

Je me fais l’écho de la conclusion de Deirdre Barrett selon laquelle il est parfois plus gratifiant de dire non que de céder à une impulsion. Seule la prise de conscience peut empêcher tout ce qui est hypertrophié de devenir ce qui est normal dans nos vies.

Stuart McMillen

Enfin, tant qu’on sera capable de dire non à nos impulsions. dans l’univers de Star Trek, l’Holo Deck est une technologie de réalité virtuelle qui permet de recréer n’importe quel environnement comme si on y était, un peu comme l’expérience du cerveau dans la cuve.

Pour l’auteur Scott Adams, « L’holodeck sera la dernière invention de l’homme » – car on pourrait passer toutes nos journées à se la couler douce avec des top-modèles au lieu de galérer dans une réalité aussi pénible que la nôtre.