Être un noob

The Savage State (1834), huile sur toile, Thomas Cole

Quand j’étais jeune, je pensais que les personnes âgées avaient tout prévu. Maintenant que je suis vieux, je sais que ce n’est pas vrai.

J’ai constamment l’impression d’être un noob, en particulier en commençant un blog.1 Noob: Personne débutante ou néophyte au sein d’un groupe. J’ai l’impression de toujours parler à une startup qui travaille dans un nouveau domaine dont je ne sais rien, ou de lire un livre sur un sujet que je ne comprends pas assez bien, ou de visiter un nouveau pays où je ne sais pas comment les choses fonctionnent.

Ce n’est pas agréable de se sentir comme un noob. Et le mot « noob » n’est certainement pas un compliment. Et pourtant, j’ai réalisé aujourd’hui quelque chose d’encourageant dans le fait d’être un noob : plus vous êtes un noob au niveau local, moins vous l’êtes au niveau mondial.

Par exemple, si vous restez dans votre pays d’origine, vous vous sentirez moins noob que si vous alliez vivre en Extrême-Orient, où la vie marche différemment. Et pourtant, vous en saurez plus si vous déménagez. Le sentiment d’être un noob est inversement proportionnel à l’ignorance réelle.Mais si le sentiment d’être un noob est bon pour nous, pourquoi ne l’aimons-nous pas ? Quel objectif évolutif une telle aversion pourrait-elle servir ?

Je pense que la réponse est que le sentiment d’être noob provient de deux sources: être bête et faire quelque chose de nouveau. Notre aversion à ce sentiment est notre conscience qui nous dit « Allez, trouve une solution », ce qui était la bonne chose à penser pendant la plus grande partie de l’histoire de l’humanité. La vie des chasseurs-cueilleurs était complexe, mais elle n’est pas aussi changeante que la vie actuelle. Ils n’ont pas eu à trouver soudainement ce qu’il fallait faire avec le Bitcoin ou le Covid-19. Il était donc logique de privilégier la compétence face aux problèmes existants plutôt que la découverte de nouveaux problèmes. Il était logique que les homo sapiens n’aiment pas le sentiment d’être un noob, tout comme, dans un monde où la nourriture est rare, il était logique qu’ils n’aiment pas le sentiment d’avoir faim.

Maintenant que la nourriture n’est plus un problème, notre aversion pour la faim nous conduit à nous égarer.2 Notre attrait pour le sucre s’explique par l’importance des fruits dans la nutrition de nos ancêtres, puisqu’ils représentent une source importante d’énergie. L’omniprésence du sucre dans nos régimes alimentaire est donc ironiquement une dérive inattendue de ce développement évolutionnaire.Et je pense que notre aversion pour le sentiment d’être un noob nous trompe aussi.

Bien que ce soit désagréable, et que les gens vous ridiculisent parfois pour cela, plus vous vous sentez noob, mieux c’est.

– Paul Graham