Hyperliens – collection novembre 2021

László Mednyánszky, Public domain, via Wikimedia Commons
László Mednyánszky, Public domain, via Wikimedia Commons

Philosophie & Linguistique

Hyperplastic-Supernormal de Robin Mackay
Grin And Bear It de Hettie O’Brien
On how Albert Camus’ Ecological Imagination Structures The Plague de Matthew Lamb
Language Extinction Triggers the Loss of Unique Medicinal Knowledge de Rodrigo Camara-Leret et Jordi Bascompte
18 Possible Meanings of « I like red » de Ozziegooen
A Wittgenstein Kripke Vertigo Disturbance de Arif Ahmed
The Conscious Universe de Joe Zadeh
Giving Up on Consciousness as the Ghost in the Machine de Peter Halligan et David Oakley
To Be Energy-Efficient, Brains Predict Their Perceptions de Anil Ananthaswamy

Culture & Société

Forgetting My First Language de Jenny Liao
On the Link Between Great Thinking and Obsessive Walking de Jeremy DeSilva
The Most Interesting Generation de Applied Divinity Studies
My House de Carl Riiss
Things that I have done that you (probably) have not de Ragged Clown
The Collector’s Fallacy de Christian
Singapore’s tech-utopia dream is turning into a surveillance state nightmare de Peter Guest
On Digital Minimalism de Cal Newport
Our Worst Idea About « Safety » de Tim Requarth

Histoire

How China avoided Soviet-style collapse d’Adam Tooze
Socialist Cyborgs de Victor Petrov
The Grandfather of Modern Self-Help de Emrys Westacott
The Strangest Travel Book Ever Written de Tété-Michel Kpomassie
No Laughing Matter? What The Romans Found Funny de Orlando Gibbs
Book Review of A history of the thermometer and its use in meteorology by W. E. Knowles Middleton (1966) de Chaostician
Old and Spectacular Photos of Bedouin Nomads, 1898, sur RareHistoricalPhotos.com
Histoire de la fatigue et conquête de l’intériorité de Georges Vigarello
Water Conflict Chronology du Pacific Institute

Sciences & Tech

Wildfire in the Western United States de Julia Holtzclaw
The big alcohol study that didn’t happen: My primal scream of rage de @dynomite
Bizarre ant colony discovered in an abandoned Polish nuclear weapons bunker de Annalee Newitz
Our Artificial Wilderness: Virtual Beauty & Ecological Decay de Cade Diehm et Edward Anthony
This Place Is Not a Place of Honor de Alan Bellows
Obsidian, Taming a Collective Consciousness de Sam Link
Energetic Aliens de Stephen Malina
Acquisition of Chess Knowledge in AlphaZero de ChessBase

Politique & Économie

Bringing Back the Somali Shilling de JP Koning
Silence is a Commons d’Ivan Illitch
World After Capital d’Albert Wenger
Ads Don’t Work That Way de Kevin Simler
What is ‘Elite Overproduction’ ? de Robin Hanson
On the Political Dimension of Solarpunk de Andrew Dana Hudson
Our Self-Imposed Scarcity of Nice Places de Daniel Herriges

Art

The Klimt Color Enigma, proposé par Google Arts & Culture
What I Learned About My Writing By Seeing Only The Punctuation de Clive Thompson
Recovering Dreams: Studio Ghibli, Avatar & Manifestations of the Unattainable de Romulo Moraes
The strong and weak forces of architecture de Evan Bottcher
How 9/11 Changed Architecture and Urban Design Forever de Nate Berg
AI Movie Posters de Noah Veltman
International Art English de Alix Rule et David Levine
Awesome Design Diagrams de Masaki Iwabuchi
The Most Ambitious Diary in History de Benjamin Anastas

Curiosité/trucs marrants

6 Harsh Truths That Will Make You a Better Person de Jason Pargin
My Room In 3D de Bruno Simon
Gods of Salt de Concavenator
Acronyms Seriously Suck d’Elon Musk
Tribal People Try McDonalds for the First Time sur la chaîne de Tribal People Try
Rai Stones
Surely you’re joking, Comrade Beria! d’Alex Wellerstein
Last Two Speakers of Dying Language Refuse to Talk to Each Other de Erica Ho

Un album pour ce mois

Hyperliens – collection juillet 2021

Sergey Vinogradov, domaine public, via Wikimedia Commons

Sur le même modèle que la dernière fois (un mois, et pas n’importe lequel, est passé à la trappe entre temps), ici repose une collection de contenu divers, de perspectives et de thèmes variés.

Biologie, psychologie & santé publique

Linguistique & sémantique

Technologie, science(s) & jeux

Histoire

Société

Design, esthétique, architecture & urbanisme

Écologie & environnement

Curiosités

Inclassable

Le monopole de la rationalité

Le Bouc émissaire, William Holman Hunt, 1854.

Remplaçons nature par rationalité dans la définition d’appel à la nature :

L’appel à la rationalité ou l’invocation à la rationalité est un procédé rhétorique qui suppose qu’une chose est bonne car rationnelle, ou mauvaise car non rationnelle.

Regardons maintenant les propos de Jean-Louis Thériot, député de Seine-et-Marne, sur l’invitation de Greta Thunberg à l’Assemblée nationale:

Oui à la lutte rationnelle contre le réchauffement climatique. Non à l’infantilisation obscurantiste, la moraline et la terreur par la peur. L’Assemblée se couvre de ridicule. L’écologie a besoin de savants, pas d’une ado manipulée.

Source

Et maintenant de Jean Baechler:

Nous vivons une nouvelle période d’irrationalité croissante, essentiellement sous la forme idéologique et politique.
[…]
C’est ce que nous expérimentons aujourd’hui, alors que certains, comme les collapsologues, nous assurent que la fin du monde est proche. Cet écologisme, irrationnel, est en contradiction avec l’écologie, qui, elle, est parfaitement rationnelle, car étudiant les rapports de l’homme et de la nature.

Source

La Rationalité est de plus en plus invoquée en opposition à l’Idéologie. Ceux qui se réclament du camp des rationnels se placent au-delà de toute classification politique, dans le camp du réalisme. Dénués de tout biais, ils sont pragmatiques et animés par leur seul bon sens, à l’inverse de ces idéologues qui ne voient le monde qu’à travers le prisme étriqué de leur affiliation.

Le nouveau terrain de ce conflit est l’écologie. Alors que le climatoscepticisme quitte peu à peu la fenêtre d’Overton, il est remplacé par un nouveau paradigme bâti de toute pièce en opposition aux mouvements écologistes actuels, dansant quelques fois avec le relativisme.

Le Point titrait en 2010 ”L’écologie sans idéologie” . Valeurs Actuelles a publié plus récemment des articles comme ”Le catastrophisme écologique est en train de devenir une religion” ou ”La folle dérive idéologique des maires écolos”. Une tribune du Figaro explique que ”L’écologie politique conduit à une catastrophe environnementale” – comme si Jacques Ellul était membre du conseil d’administration de Shell.

Luc Ferry s’appuie extensivement sur le champ lexical de la rationalité dans sa chronique ”Des biais dans la notion d’empreinte écologique”, en traitant cet indicateur composite… comme s’il s’agissait d’une valeur exacte. Sa conclusion, « prétendre qu’on peut calculer [l’empreinte écologique] de manière aussi simpliste et globalisante à partir de ces six critères relève de l’imposture », est équivalente à « prétendre qu’on peut estimer la qualité de vie dans un pays de manière aussi simpliste et globalisante à partir de l’IDH relève de l’imposture ». C’est attribuer à des indicateurs censés nous donner des ordres de grandeur des rôles qu’ils n’ont pas, puis les critiquer pour ne pas remplir ces-dit rôles.

Un certain « Enrico Chico » – j’espère que ce n’est pas qu’un pseudo, car ce nom est génial – commente sur cette chronique:

Ce qui est bien avec Luc Ferry, c’est qu’en dépit du fait qu’il ne comprend rien à rien, vous pouvez être assurés qu’il aura toujours un avis sur tout…

Enrico Chico, lecteur du Figaro

Au lieu de s’attaquer au Global Footprint Network, il aurait pu choisir comme cible la notion d’empreinte carbone, créé de toute pièce par BP dans une campagne promotionnelle montée par Ogilvy.

Encore il y a deux semaines, une autre tribune dans le même journal parle des « dissonances cognitives » des écologistes.13 lignes plus loin, il mentionne Bill Gates et son nouveau livre sur le changement climatique, avant de réduire Bookchin à un primitiviste appelant à retourner au moyen-âge.

L’emploi de ces mots (biais, dissonances cognitives, rationnel, idéologie), tente de dépeindre un mouvement écologique naif, déconnecté de la réalité, non scientifique, unifié et essentialisé autour de quelques valeurs et positions partagées. Ce tableau est souvent basé sur des visions erronées et des stéréotypes d’un autre temps – qui tournent souvent autour de quelques épouvantails.

Ce portrait des mouvements environnementaux est à contraster avec le pragmatisme autoproclamé des auteurs habitués aux appels au rationnel, qu’ils ancrent – selon eux – dans une vague notion de réalité économique. Valeur Actuelle publiait par exemple fin 2020 ”Quand l’idéologie écologique est rattrapée par la réalité économique”. Envisager l’économie comme benchmark de la réalité et des mondes possibles enferme le débat dans un minimum local. Cet automatisme rappelle la notion de réalisme capitaliste théorisée par Mark Fishcher. Que certains puissent se revendiquer sans idéologie est le signe qu’une idéologie – la leur – a conquis les mentalités, du moins selon leur point de vue. Cette idéologie victorieuse s’est dissoute dans l’inconscient collectif pour devenir la réalité intangible, la règle générale, le bon sens, dont il est impossible d’envisager une quelconque alternative.

Rhétoriquement, « irréaliste » et « irrationnel » sont autant d’étiquettes que l’on peut adosser à n’importe quelle proposition afin de la rejeter, en évacuant la nécessité d’élaborer un argumentaire. Il suffit de pointer vers une vague notion abstraite de réalité économique (mot clé : économique) ou d’impératifs financiers (mot clé : financiers) pour décrédibiliser une alternative – peu importe son sens et sa direction. Comme le note Justin E.H. Smith, nous sommes en droit de se demander quel rôle la tradition occidentale, érigeant la raison comme valeur suprême, a-t-elle a jouée dans l’émergence de ces phénomènes fondamentalement irrationnels.

Fair.com relevait en avril dernier comment les médias soufflaient le chaud et le froid sur des idées en les qualifiant de clivantes ou controversées, quand bien même elles reçoivent l’approbation du public. CNBC, par exemple, a relayé des déclarations de magnats du pétrole à propos du Green New Deal, le qualifiant « d’irréaliste, infaisable et trop clivant politiquement ». Ils proposent à la place une élusive « solution basée sur le marché », qui doit être « pragmative, durable, et au-delà des clivages partisants ». Une réponse elle aussi sans idéologie.

D’après les données statistiques les plus récentes, la proposition est loin d’être si clivante que ça: le Green New Deal est très populaire auprès des voteurs.

Le message pourrait être de faire attention à ceux qui prétendent avoir le monopole de la rationalité, pourfendant les idéologies au nom du pragmatisme et du bon sens; mais bien souvent, ils auront laissé assez d’indices sur la vraie nature de leur propos avant que nous ne tombions dans le piège. Tout est politique !